Édition

Editeur pour Sans crispation éditions d’ AMUSE-BEC, de THIERRY GIRANDON ; POUSSIERE D’ETINCELLES & VERRES FUMES, de MEHDI MASUD ; LES CHAIRS UTOPIQUES, de PHILIPPE SARR.


éditeur d'AMUSE-BEC


AMUSE-BEC
THIERRY GIRANDON

ISBN 978-2-9530383-6-1 
Broché 12×20 cm
>> page amuse-bec


éditeur de POUSSIERE D'ETINCELLES & VERRES FUMES

POUSSIÈRE D’ÉTINCELLES & VERRES FUMÉS
& MEHDI MASUD
ISBN 9782953038378
Broché – 11×18 cm
>> page poussière d’étincelles


éditeur des CHAIRS UTOPIQUES

PHILIPPE SARR
LES CHAIRS UTOPIQUES

ISBN 979-10-95024-09-5
Broché – 12×18 cm – 242 pages
>> page les chairs utopiques


>> LES LIVRES DANS LA PRESSE


INTERVIEWS

“Interview” >> MOTS A CREDIT
“Conversation avec un éditeur”, >> LITZIC

EXTRAITS :

Peux-tu te présenter rapidement, expliquer ton parcours t’ayant mené à la création des Éditions Sans crispation ?
J’ai fait des études de Lettres, jusqu’au Master et un mémoire sur le Marquis de Sade que j’ai oublié de présenter. C’est à l’université que j’ai rencontré Thierry Girandon. Thierry est un ami de longue date et le meilleur écrivain que j’ai jamais rencontré. J’ai eu envie de l’éditer exclusivement, suite au recueil que j’ai évoqué. Mais je n’avais aucune vision franche du métier d’éditeur. En 2014, j’ai enfin publié son « Amuse-Bec ». Avant ça, il y avait eu quelques publications d’autres auteurs, mais il manquait ce je-ne-sais-quoi qui fait que l’on a pas vraiment envie de se battre. Je ne me considérais pas comme éditeur, plutôt comme… Je ne sais pas. Un factotum dans l’impression de bouquins. Mais avec « Amuse-bec », le travail est devenu vraiment chouette. Des libraires ont fait du bon travail, qui sont tombés – presque – par hasard sur ce livre. Quand on n’a ni distributeur, ni diffuseur, avoir un ou deux libraires avec soi ça n’est pas rien. J’ai commencé à prendre mon rôle avec plus d’application, et toujours sans crispation : tant que je ne m’enthousiasmerais pas sur un texte, comme ça avait été le cas pour les nouvelles de Thierry, je préférais ne rien éditer du tout, et rester tranquille. Aussi n’ai-je rien fait pendant plusieurs mois. Jusqu’à la découverte de Mehdi Masud.

Justement, qu’a déclenché Mehdi Masud en toi pour te donner envie de te battre pour lui ? Est-ce lui qui t’a démarché ou bien est-ce une rencontre fortuite qui a lancé ce processus, cette envie, d’éditer à nouveau un auteur ?
Ma compagne avait lu ses nouvelles je ne sais plus où. Sur un blog, je crois. Comme à ce moment je me morfondais, elle m’a dit : « tu devrais lire ça ». En général, je n’écoute jamais au grand jamais les femmes quand il s’agit de littérature. Mais l’amour fait parfois faire des choses pas croyables. Alors j’ai lu ce blog, et j’ai lu Mehdi Masud :de très courtes nouvelles, et j’en suis resté sur le cul. Je l’ai contacté aussitôt pour lui proposer un contrat d’édition.

Quelle est ta ligne éditoriale ?
« Faite-moi quelque chose de beau, dans la forme qui vous conviendra le mieux, suivant votre tempérament. » C’est une phrase tirée du texte « Le Roman », de Maupassant. C’est la préface de « Pierre et Jean ». Un bien joli livre. Une bien jolie préface.

Quelles sont les difficultés rencontrées par un « petit » éditeur ?
Sans crispation a manqué d’argent, ce qui a parfois rendu les choses difficiles. Le manque d’argent empêche d’avoir des amis. Or, c’est bien d’avoir des amis. Pas tout le temps, mais parfois, c’est bien. Pour faire la fête, par exemple. Sortir un livre, c’est une fête, et c’est devoir monter le son à son volume maximum.
C’est un peu comme entrer dans un bar avec un billet de 5 en poche. Tu bois ton demi de bière et tu t’en vas ? Pour que l’on t’invite dans la danse, il faut susciter l’intérêt d’une façon ou d’une autre. Le talent littéraire de l’auteur ne suffit pas, bien sûr, et on peut dire que ce talent reste inutile, s’il n’est pas partagé. C’est comme un enfant mort-né. Ce qui est triste. Alors, ce sont des simagrées, des singeries, des clowneries à n’en plus finir, avec les libraires, sur les réseaux sociaux, avec la presse… Susciter la curiosité d’une façon honnête, sans montrer sa zézette aux nombreux vicelards que l’on peut croiser en chemin, voilà la difficulté. Dieu me regarde.

Au fait, un livre, ça coûte cher à fabriquer ?
Non, pas vraiment. Ou alors : tout est toujours trop cher. La question qui se pose ensuite, c’est de savoir si le prix du livre en librairie est, lui, cher ou pas cher. Tout ça ne veut pas dire grand-chose. Le libraire qui a lancé « Amuse-Bec », par exemple, m’a demandé comment je faisais pour m’en sortir – le bouquin coûte 12 euros – je lui ai répondu que ça allait. Que ça n’était pas folichon, mais que ça allait. En réalité, je n’avais toujours pas gagné le moindre centime, je commençais même à me demander si je n’allais pas en perdre, mais je voulais qu’il défende Amuse-bec pour sa qualité littéraire, uniquement pour sa qualité littéraire, pas pour des choses du genre : « achetez le livre pour soutenir les petits éditeurs indépendants qui font de la peine ». J’exècre cet argument. Que ce soit Girandon, Masud ou Sarr : je les ai publiés parce que j’estime qu’ils doivent être lus. J’ai une formation littéraire classique, je m’intéresse à la littérature, celle qui ouvre les grands espaces mentaux. Je ne m’intéresse pas vraiment à l’arithmétique.

Existe-t-il une concurrence féroce ou plutôt une sorte de fraternité entre éditeurs ?
Ni l’une, ni l’autre, je crois. Je me suis longtemps intéressé à ce que les autres éditeurs faisaient, et puis j’ai réalisé que tout le monde s’en foutait, alors j’ai laissé tombé parce que ça me prenait trop de temps et que ça ne menait strictement à rien. Mieux vaut oublier la concurrence.

Question piège : pourquoi ne pas avoir publié ton mémoire sur Sade au sein de Sans crispation ?
J’y ai pensé. Mais en l’état, ça n’aurait pas intéressé grand monde. C’était un travail universitaire, avec des notes et des références et tout le tintouin. J’avais quand même entrepris une réécriture, pour raconter une histoire plutôt que procéder à une démonstration. Et puis je suis passé à autre chose. Je ne sais pas ce qu’il est devenu, ce mémoire… Je pense que mon vieil ami Michael Louvad, dit Michael « Magic » Louvard, dit « Gérard ! », en a gardé un exemplaire photocopié et relié. Mais ça fait un bail que je ne l’ai pas vu, Michael « Magic ». Je l’ai « cherché » sur internet, il reste introuvable. Aux dernières nouvelles, il était marié avec une Anglaise et vivait aux États-Unis. Ces dernières nouvelles datent de 1998. Ce n’est pas  « mon Sade », que je veux retrouver, mais mon ami « Magic ». « Magic » était un gars de la banlieue. Il jouait au tennis en brodequins et gagnait ses matches contre les petits bourgeois en Lacoste et Nike qui avaient des courts privés pour s’entraîner tous les jours de la semaine. Lui, il tapait la balle dans la cour de son immeuble. C’était chouette, de le voir gagner. Après, il s’est un peu empâté… La trentaine, pour un sportif, c’est un tournant. Michael « Magic » a trouvé un job d’éditeur de logiciel informatique dans le sud-est de la France. On se téléphonait encore souvent, et puis il m’a annoncé cette terrible nouvelle : « je vais me marier ». Nous ne nous sommes revus qu’une fois en dix ans. C’était à Rouen, où je travaillais comme plongeur sur une péniche de tourisme fluvial – je lavais la vaisselle, je ne plongeais pas .avec masque et tuba au fond de la Seine – lui avait su me retrouver, je ne sais pas comment puisque je n’étais pas dans le bottin… Nous avons discuté de plein de choses, mais pas une seconde je n’ai pensé à lui demander s’il avait conservé une copie de mon mémoire universitaire, j’avais déjà et depuis longtemps cessé de me prendre pour un éminent petit dix-huitièmiste orgueilleux. En revanche, quand Michael « Magic » m’a parlé d’une nouvelle maison qu’il voulait acheter dans le Luberon… Tu dors ?

Eh non, je ne dors pas, cette interview n’en laisse pas l’occasion. Une ultime question pour la route, afin de clore cette interview. Que peut-on te souhaiter pour l’avenir ? Un public de folie au Dauphin le 9 mars bien sûr, mais quoi d’autre ?
Bonne chance et bonne santé. Il faut bien ça, en ces temps où même avant de traverser une route à sens unique, il faut regarder des deux côtés.


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